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Les Hommes libres du clan

BAD NEIGHBOR

Pas d’accord avec l’UEE, pas d’accord avec les criminels, pas d’accord avec les méga-corporations de Stanton mais quand on vient de Nyx, on est forcés d’être d’accord avec le plus offrant.

Aujourd’hui
2956

La Toison d’UEC

19 décembre 2944
2014 – date alpha 1.0

Le café de « la cantoche » n’était pas le meilleur qu’on puisse trouver dans le verse mais lorsqu’il accompagnait l’inspection de la soute à fret, ce breuvage semblait montrer l’envie de révéler à celui qui le buvait ses arômes les plus fins et les plus raffinés. À chaque première gorgée, toujours cette même réaction. Steiner levait systématiquement le même sourcil et dévisageait le liquide noir au fond de sa timbale. 

– On a… ?

– C’est le même que d’habitude patron !

Ce café avait une conscience. Il savait qu’il ne pouvait pas se contenter de faire uniquement ce pour quoi on l’attendait. Il se devait de sublimer ce moment. Chaque fois que le patron des Bad Neighbor venait contempler l’efficacité de ses gars, il donnait tout. Chaque fois, cette première gorgée envoyait toujours la même observation à Steiner : « On est pas bien là ? »

Des container de minerais, des caisses d’armes, de munitions, de composants diverses et variés ainsi que de médicaments se mêlaient à un énorme canon T5 récemment subtilisé à la carcasse d’un C2. La provenance des marchandises et la nature de leurs destinataires n’avaient pas forcément d’importance pour les BN. Cependant, Tucco prenait bien soin d’éviter les patrouilles de la Navy ou des autorités locales comme les endroits infestés par ces « abrutis de consanguins qui se disent pirates ». 

– Ces débiles ils se déguisent pour aller faire chier les pauvres types qui se cassent le cul pendant 12 heures à miner de l’allu pour nourrir leur famille. Dans le temps, les pirates ils avaient de la classe. On pouvait toujours s’arranger avec le capitaine. Quand je servais dans la Navy, ils s’en prenaient plutôt aux méga-corpos, pas aux crève la dalle… On arrivait, on sortait les Hornets, manière de signaler notre présence et ils décampaient. Sauf que les méga-corpos elles ont du matos et ces connards sont juste que des putains de clowns sous acide en rupture de couilles.

– T’occupes pas d’eux, restes concentré. Une fois qu’on aura assez de pognon pour investir dans la pierre, Levski ne sera plus le seul refuge pour ceux qui en ont ras le cul de l’UEE. Tu te réveilleras, le soleil dans les yeux et une légère brise qui te caresse les baloches avec ta femme à côté de toi.

– Oulah non, répondit Tucco. Le soleil, la brise sur les couilles je prends mais avant de penser à se faire masser les parties génitales, on va déjà virer tous les cons qui n’ont rien à foutre sur Nyx.


Das Schiff

15 octobre 2942
2012 – date création orga

Comme prévu, la vente avait eu lieu sur ArcCorp dans un salon privé. Pas besoin d’avoir énormément d’imagination pour se représenter la lutte sanguinaire qu’avait du se livrer les quelques gros lards plein de fric sélectionnés pour avoir la chance de pouvoir s’étriper à coups de cartons blancs marqués de chiffres à rallonge.

L’article qui nous intéressait, une magnifique frégate de classe Idris était maintenant en la possession d’un certain Yafel Kothmet, un riche propriétaire d’une « corporation à la con » selon Tucco. Bien entendu, ce cher Yafel n’avait pas remarqué notre filature. Trop occupé à malaxer de ses grosses mains moites, les culs parfaits des quelques prostituées de luxe qui l’accompagnaient.

Sa navette estampillée du logo de sa « corpo à la con » ne tarda pas à se poser sur la station Baijini Point. Nous étions déjà en place. Plutôt que de rentrer à Huston et sécuriser sa nouvelle acquisition, cet imbécile projetait de se faire reluire l’égo à New Babbage. Il allait dépenser ses dividendes au Wally’s comme tous ces nouveaux riches de Stanton qui n’ont pour seule ambition que de faire exploser leur vanité aux yeux de tous.

Sur le trajet, le Mantis fraichement acquis fit son office et notre futur vaisseau amiral sorti brusquement du quantum. Le temps qu’ils comprennent il était déjà trop tard. En quelques secondes, le vaisseau fut privé d’alimentation puis en quelques minutes de son service de sécurité.

Maintenant nous avions un Idris.


Pour quelques UEC de plus

14 Juin 2940

Les mois passèrent et l’argent commençait à rentrer dans les caisses. La graisse à canon ou le lubrifiant pour moteur incrustés sous les ongles n’avaient plus le même impact sur la santé mentale de Steiner. Certes, l’index pressait toujours sur une gâchette mais cette gâchette avait maintenant une utilité variée. Tantôt elle servait à pulvériser un chasseur, tantôt elle vitrifiait instantanément une tourelle de défense stationnaire un peu trop enthousiaste. Parfois, elle libérait un chapelet de balles. Mais le plus souvent elle faisait léviter une caisse dans les airs vers une grille magnétique de cargo ou varier la puissance d’un laser de minage.

Le verre de Radegast ne servait plus à noyer l’âme mais plutôt à signer la fin d’une journée de dur labeur.

« C’est quand même bien chiant à fissurer le Béryl », lança un type après avoir exécuté un cul-sec magistral. Au fur et à mesure des contrats et des arrêts dans les stations pour faire le plein de carburant et de burritos à la moussaka, Steiner et Tucco avaient recruté des volontaires pour se joindre à leur projet. En effet, patauger dans la boue à plusieurs rendait chaque pas moins difficile, plus supportable, voire même agréable.

Quand tout le monde partit au stand de nouilles afin d’éponger les hectolitres d’alcool ingurgités, Steiner avec un léger rictus exposa le bilan de la situation à son comparse :

– Il nous faut un plus gros vaisseau.


Apocalypse sans fin

6 Janvier 2939

Tout a le goût du lubrifiant à moteur, de la graisse à canon et du sang. Les verres ne suffisent plus à laisser l’esprit reprendre ses droits. Ce massacre n’a pas de fin. Et pendant qu’Intersec répond à un appel de détresse d’un transporteur attaqué par les Claw Salamanders, une station se retrouve sous le feu Vanduul. Le lendemain, ça recommence.  

« Qu’est-ce que je fous, bordel ? Pendant qu’on est tous occupés à faire de la merde, l’UEE doit bien se marrer. C’est peut-être eux qui ont raison après tout » , confessa-t-il au glaçon solitaire au fond de son verre. 

– Tu savais qu’ils apprennent à ces mômes à balancer le feu de l’enfer sur des gens mais qu’ils ne les laisseraient pas écrire « enculé » sur leur vaisseau car ils trouvent cela obscène ? lui demanda un homme vêtu d’un blouson en cuir synthétique noir, les cheveux gris, le visage buriné par une vie remplie de violence et de choix impossible à faire.

– J’ai observé un escargot qui rampait le long d’un rasoir, continua-t-il. C’est mon rêve, c’est mon cauchemar. Ramper, glisser le long du fil d’un rasoir et survivre. L’homme regardait Steiner à présent.

– N’as-tu jamais réfléchi à la vraie liberté ? Liberté à l’égard de l’opinion d’autrui ? Et même à l’égard de l’opinion que tu as de toi-même ?

Steiner regardait le glaçon solitaire diluant de sa sueur les dernières traces de Whisky au fond du verre. 
« C’est tout ce qu’il reste une fois que j’ai terminé mon verre »
, lui rétorqua Steiner en secouant son verre faisant tinter le glaçon.

– Nous sommes les hommes cruels. Les hommes empaillés, appuyés les uns contre les autres, la caboche pleine de paille. Hélas. L’homme se leva, fit un geste au barman signifiant que la consommation de Steiner était à mettre sur son ardoise.

– Hangar 12. Si tu crois toujours en la cause, sache qu’il existe d’autre manière de retrouver l’espoir.

– Mais t’es qui bordel ? demanda Steiner.

Et avec l’expression la plus naturelle, l’homme rétorqua :
– Tucco, mon garçon. Tu peux m’appeler Tucco.


Les balles de la colère

12 Août 2938

L’odeur et la texture de la graisse à canon à base de Bisulfure de Molybdène ne disparait pas. Elle s’installe définitivement là où elle tombe. Vêtements, ongles, cheveux… Quand on s’occupe soi-même de l’entretien de son Buccaneer, on apprend à faire une croix sur le concept « d’hygiène irréprochable ».

Un canon en bon état est le meilleur ami de l’homme en colère.

Othman Steiner tire et abat. Les mains enduites du sang de ceux qui refusent de stopper les moteurs de leur vaisseau de transport, il noie son âme dans quelques verres de Whisky Radegast au Café Musain. Souvent, quand il n’a plus la force de prendre une douche, il se limite à l’alcool bas de gamme servi aux stands du Grand Barter.


Les fils du peuple

14 Avril 2937

Vivre dans le confort précaire d’une station minière au milieu de l’espace n’est jamais un choix de vie pleinement assumé. Mais naître sur Levski dans le système Nyx est synonyme d’espoir. Le rêve utopique d’une société libre de retirer son cou du nœud coulant de l’UEE encourage l’audace et la persévérance.

Othman Steiner est un fils de Levski. Tout le long de son enfance on lui a expliqué à quel point l’UEE était fragile et enclin à trahir l’humanité même. On lui a aussi appris que les gangs présents dans le système Nyx étaient des « salopards d’enculés de parasites opportunistes » et qu’entre les raids Vanduls et le manque de ressources vitales, on avait pas besoin d’avoir en plus des « salopards d’enculés de parasites opportunistes ».

Mais le rationnement en eau tape sur les nerfs et le jeune Othman, encouragé par de mauvaises fréquentations, se joint à un groupe de truands. La piraterie sera le milieu qui forgera son corps et son caractère.